Georgette Blaquière a dû être visitée par le Seigneur très jeune, dès son enfance, car plusieurs fois je l’ai entendue raconter qu’elle avait été blessée lors d’une confession par un prêtre. Elle lui a raconté ce qu’elle vivait déjà avec Jésus et il lui a répondu que ces choses-là n’étaient pas pour les femmes qui étaient faites pour le service de la cuisine et le ménage. Cette réponse, elle ne l’a jamais oubliée ; mais elle ne l’a pas arrêtée dans sa recherche de Dieu. Elle en a gardé le désir toute sa vie, même à travers les épreuves de sa maladie, en fin de vie.
Avec son mari, Jean-Paul, ils ont fait partie de la Fraternité Charles de Foucauld et ont même été responsables nationaux. Georgette y a reçu, dans l’adoration, une perception vive de la présence du Seigneur dans l’Eucharistie et aussi la grâce de la fraternité vécue dans le partage en équipe.
En effet, si son mari a exercé de grandes responsabilités à l’EDF, si elle était certifiée de lettres classiques, un professeur estimé de ses élèves, elle était, pour tous ceux et celles qui la rencontraient, au-delà de son autorité naturelle due à ses connaissances littéraires et théologiques, une vraie soeur en Christ. Je l’ai expérimenté dans les rencontres vécues au sein de l’Assemblée générale du Renouveau charismatique, l’Instance de communion, le Comité épiscopal, les sessions de Ploërmel, les rencontres de prêtres.
Cette fraternité, je l’ai goûtée à travers son hospitalité, plusieurs années l’été, dans sa maison de famille à Saint-Pierre-de-Livron près de Caylus, avec deux autres prêtres, le Père Emmanuel Payen de Lyon et Monseigneur Joseph Boishu de Rennes. Nous avons prié ensemble au sanctuaire Notre-Dame de Livron et beaucoup partagé au plan théologique et spirituel.
Georgette Blaquière, notre soeur, a beaucoup contribué, par ses enseignements dans de nombreux week-ends pour les groupes de prière, dans des sessions animées par les communautés nouvelles et la fraternité Pentecôte, à la formation spirituelle profonde des membres, et aussi de tous les responsables, des groupes de prière ou de communautés.
Une de ses insistances porte sur un renversement de notre attitude spirituelle : ce n’est pas nous qui cherchons Dieu, c’est Lui qui nous cherche. Ce n’est pas nous qui allons vers Lui, c’est Lui qui vient à notre rencontre.
Elle nous partage aussi, selon ses mots, une « révolution copernicienne » : la grâce du Renouveau nous fait comprendre et expérimenter que l’important ce n’est pas ce que nous faisons pour Dieu mais ce que Dieu fait en nous. Elle revenait souvent sur cette expression : passer des œuvres faites pour Dieu à l’œuvre de Dieu en nous par l’Esprit Saint.
Son regard spirituel dans les enseignements est très pénétrant sur la manière dont Dieu agit dans les cœurs et pour le discernement des situations. Elle nous invitait non pas à partir de nous-mêmes, de nos analyses à partir desquelles nous essayons de rendre la foi plus accessible ,mais à partir de Dieu, du mystère de Dieu qui se révèle en Jésus et qui nous donne sa lumière pour éclairer toutes choses, le chemin de notre vie. Elle nous livrait, ainsi, des intuitions fulgurantes sur sa rencontre avec le Christ, car sa culture lettrée lui permettait de les exprimer avec des termes suggestifs, poétiques, symboliques.
Le Renouveau, pour elle, n’était pas seulement une grâce de prière renouvelée par une grâce de l’Esprit-Saint. Son compagnonnage avec la Parole de Dieu et avec l’Esprit qui pour elle était une personne vivante, est sans doute le secret de toutes ces années où elle a parcouru la France pour révéler le visage de miséricorde du Père aux enfants, aux jeunes, aux foyers ; même fatiguée par sa maladie, elle trouvait une force intérieure dans l’enseignement lui-même, puisqu’elle nous faisait entrer dans ce qui la faisait vivre, sa relation vivante et personnelle avec Jésus-Christ.
Dans ses accompagnements, dans les retraites, chez elle, dans ses enseignements, elle a donné à Dieu la permission d’être Dieu, à l’Esprit-Saint d’être le maître intérieur ; elle a été aussi, pour beaucoup, une maîtresse en enseignement, une éducatrice comme mère de famille et une grand-mère soucieuse de ses petits-enfants.
Elle a sans doute contemplé Marie, Mère de Jésus homme et Dieu. À travers sa méditation dans « L’Évangile de Marie », elle a reçu de l’accompagnement de Jésus par Marie, la manière et le contenu de son accompagnement puisqu’elle aimait chanter Marie dans le Magnificat.
Nous rendons grâce au Seigneur pour les merveilles qu’il a faites en nous par sa servante Georgette.
Monseigneur Michel SANTIER
Evêque de Créteil
8 septembre 2017